L’évolution de l’architecture en psychiatrie a été marquée par des changements significatifs dans la manière dont les patient·es ont été perçu·es, traité·es et soigné·es, et cela en parallèle de l’évolution des normes sociales et des pratiques médicales.
Jusqu’au début du 19ème siècle, la psychiatrie était marquée par des conceptions médicales rudimentaires et des idées souvent stigmatisantes à l’égard des personnes atteintes de troubles mentaux. Elles étaient souvent enfermées dans des asiles, des institutions qui les isolaient de la société. L’architecture de ces établissements était austère et fonctionnelle, inspirée de modèles pénitentiaires. La philosophie dominante était le confinement et la séparation, avec une gestion autoritaire des personnes enfermées, souvent dans des conditions très difficiles.
Les bâtiments étaient grands et isolés, souvent situés à la périphérie des villes. Ils étaient conçus pour contenir les personnes malades, avec peu de considération pour leur bien-être ou leur confort.
Au 19ème siècle, des réformes ont été introduites qui ont visé un traitement plus humain des personnes soignées dans les hôpitaux psychiatriques. Cette période a vu l’émergence de nouveaux modèles d’asile. Les bâtiments ont été conçus pour être plus aérés et lumineux, avec des espaces extérieurs tels que des jardins ou des cours pour encourager la promenade et l’exercice physique. L’accent a été mis sur un environnement plus agréable et plus sain pour les personnes malades.
Au tournant du 20ème siècle, les institutions psychiatriques deviennent plus grandes et plus spécialisées, avec un accent sur la séparation physiques des patientes et patients selon leur type de trouble. Le modèle de l’asile reste dominant, bien que des réformes architecturales commencent à apparaître, en particulier en Europe et aux Etats-Unis d’Amérique. Les hôpitaux sont plus fonctionnels mais maintiennent la séparation entre les espaces de travail des équipes soignantes et ceux des personnes malades.
Dans les années 1950 et 1960, la désinstitutionalisation introduit un changement majeur dans l’approche psychiatrique : la fermeture des asiles privilégie des traitements en milieu communautaire ou à domicile. L’accent est mis sur des structures plus petites comme des centres de jour et des unités de soins ambulatoires.
A partir des années 80 et jusqu’à aujourd’hui, l’architecture a continué de se réformer pour répondre à un besoin croissant de soins à court terme et de soins intégrés axés sur les patientes et patients et leurs proches.
Les établissements psychiatriques modernes sont souvent conçus avec des espaces ouverts, lumineux et accessibles. L’architecture tend à être plus chaleureuse et moins institutionnelle, avec des espaces privés pour les patients, des zones de détente et des chambres individuelles. On utilise également des matériaux et des couleurs qui favorisent un environnement calme et rassurant.
Actuellement, la tendance est au développement de soins centrés sur la personne, en mettant l’accent sur la qualité de vie, l’inclusion sociale, et les traitements personnalisés. L’architecture psychiatrique moderne cherche à éviter l’isolement et à encourager la participation active des patients dans leur propre rétablissement.
Les institutions psychiatriques actuelles intègrent des principes de design thérapeutique, avec des espaces ouverts, des espaces verts, et des lieux adaptés aux besoins spécifiques des patients (par exemple, des salles de relaxation, des ateliers créatifs, des espaces communautaires). Les conceptions sont de plus en plus orientées vers l’inclusivité et la démocratisation de l’accès aux soins.
Synthèse de l’évolution
L’évolution de l’architecture psychiatrique reflète l’évolution des idées sur la santé mentale et la psychiatrie, passant de la stigmatisation et l’isolement à une approche plus humaine, centrée sur les personnes malades.

Le modèle asilaire (ère des grands asiles)
Architecture :
- Constructions massives, isolées, en périphérie des villes.
- Enceintes fermées, organisation très hiérarchisée.
- Pavillons séparés par sexe et par type de "folie".
- Domaines agricoles et infrastructures internes (asile autosuffisant).
Modèle de soin :
Confinement, surveillance, moralisation.
Le traitement passe par l’isolement du malade pour le "calmer" et le "discipliner".

Les « asiles-villes » et la spécialisation
Architecture :
- Immenses complexes hospitaliers, parfois de plusieurs centaines d’hectares.
- Multiplication des pavillons spécialisés (alcoolisme, épilepsie, travailleurs, agités…).
- Amélioration des espaces verts, jardins thérapeutiques.
Modèle de soin :
Hygiénisme et spécialisation. La prise en charge repose sur l’organisation interne de l’institution, considérée comme milieu de vie thérapeutique.

Crises, remise en question et début de l’ouverture
Architecture :
- Premiers pavillons ouverts ou semi-ouverts.
- Modernisation partielle des asiles.
- Mais structure générale encore très institutionnelle.
Modèle de soin :
Premiers soins actifs, introduction des psychothérapies et des traitements biologiques.
On sort lentement du tout-enfermement et on commence à envisager le patient comme pouvant se réinsérer.

Le tournant majeur de la psychiatrie de secteur
Architecture :
- Création des Centres Médico-Psychologiques (CMP) en ville.
- Hôpitaux de jour, centres d’accueil thérapeutiques, appartements protégés.
- L’hôpital psychiatrique reste mais n’est plus le centre unique des soins.
Modèle de soin :
Soins dans la cité : proximité, continuité, prévention.
L’équipe sectorielle suit le patient dans son environnement ; le soin devient social, communautaire et relationnel.

Humanisation et restructuration de l’hôpital psychiatrique
Architecture :
- Réduction des grandes structures asilaires, rénovation ou fermeture de pavillons vétustes.
- Construction d’unités plus petites, fonctionnelles, lumineuses.
- Développement des unités spécialisées (urgences psy, gérontopsychiatrie, addictologie).
Modèle de soin :
Approche centrée sur le patient et réduction de la contrainte.
Le soin vise la dignité, l’autonomie et l’amélioration du cadre de vie pour favoriser le lien thérapeutique.

Structures intégrées, apaisantes et orientées rétablissement
Architecture :
- Unités à taille humaine (15–30 lits), modulaires et ouvertes.
- Architecture thérapeutique : lumière naturelle, couleurs douces, matériaux chaleureux.
- Implantation des services dans le tissu urbain (CMP dans des immeubles de ville).
- Espace pour ateliers, soins non médicamenteux, participation des familles.
Modèle de soin :
Rétablissement, inclusion et soins ambulatoires.
L’hôpital est un lieu d’hospitalisation courte ; l’essentiel du travail se fait dans la communauté pour soutenir autonomie et la qualité de vie.