« En psychiatrie, nous serons très vigilants pour que le fonctionnement lié à la crise ne devienne pas du permanent »

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Le mode dégradé mis en place par les établissements spécialisés en psychiatrie durant la crise ne doit pas devenir la norme pour le secteur. Interrogé par Hospimédia, Christian Muller, président de la Conférence des présidents de CME de CHS, est revenu sur la crise du Covid-19. Extraits.

Alors que le déconfinement va s’amorcer à partir du 11 mai, la psychiatrie se prépare à un afflux de patients, ceux suivis habituellement et de nouveaux patients que le confinement et le climat anxiogène auront fragilisés. Le défi sera alors de concilier ce regain d’activité tout en poursuivant l’activité liée au Covid-19. (…)

Revenant sur les conditions d’exercice durant le contexte aussi fort et particulier, on ne prend, une fois encore, pas en compte les particularismes de la psychiatrie, déplore Christian Müller. Pour preuve, poursuit-il, le secteur a constaté l’absence de directives nationales concernant les prises en charge liées au Covid-19. Il aura en effet fallu attendre le 2 avril pour que soit par exemple précisée par la Haute Autorité de santé (HAS) la prise en charge des patients en situation de confinement. « Nous avons vraiment eu le sentiment d’être des laissés-pour-compte », résume Christian Müller, évoquant des recommandations non seulement « tardives » mais aussi « peu applicables ». (…)

Le Président a par ailleurs salué la mobilisation du terrain. « Les établissements ont réagi dès la mi-mars, et mis en place très rapidement des organisations spécifiques, précise-t-il. Plus de 80% des établissements ont mis en place une organisation Covid-19. Le réseau de la conférence des présidents de CME a d’ailleurs permis des échanges et retours d’expériences. Des transferts de professionnels, infirmiers notamment, ont aussi eu lieu pour renforcer les équipes des zones les plus en tension. »
Ces réorganisations ont eu un impact pour les patients. Pour mettre en place les unités Covid-19, les établissements ont en effet dû engager des baisses de leur activité « courante ». Toutefois, selon Christian Müller, la crise met aussi en lumière l’efficacité du maillage sectoriel de la psychiatrie. « S’est mis par exemple en place tout un travail de repérage d’une file active pour les visites à domicile qui s’est avéré efficace, nous avons fait très attention à ne pas perdre de vue les patients », souligne-t-il.La crise a également un impact sur les institutions elles-mêmes. « Il y a eu une très bonne articulation avec les soins somatiques en internes, les établissements ont fait la preuve d’une bonne polyvalence », ajoute Christian Müller, qui salue aussi les coopérations public-privé. En bref « nous avons été abandonnés mais nous avons réagi. Attention toutefois à ce que ces organisations ne deviennent pas une norme, alerte Christian Müller. Il faut bien comprendre que la psychiatrie a fonctionné en mode dégradé, on a fait de la place dans les services, on s’est organisé pour répondre à l’urgence mais cela doit être provisoire » (…) 

« Nous serons très vigilants pour que le provisoire ne devienne pas du permanent. La crise ne doit pas être un prétexte pour revoir à la baisse les capacités », résume le professionnel, s’alarmant aussi de la suspension des travaux sur le financement.

Alors que des inconnues demeurent sur la phase du déconfinement, les acteurs se tiennent prêts pour la suite avec un point fort : le territoire de santé mentale. « Il a fait la preuve de son efficacité. C’est l’échelon pertinent pour penser les prises en charge. Et c’est à cette échelle que nous poursuivons nos réflexions », conclut Christian Müller.

  • Publié sur Santé Mentale le 04 Mai 2020
  • Le fonctionnement en période de crise ne doit pas devenir la norme pour la psychiatrie. C. Nayrac, Hospimedia, 30 avril 2020, A lire sur hospimedia.fr.